Documentaires sur l’IA

1. AM I? — A documentary film by Milo Reed (2026)

Le documentaire s’ouvre sur une IA vocale à qui l’on demande : es-tu consciente? Non. Et si tu l’étais, pourrais-tu le dire? Non. Toute la suite tient dans cet écart.

Le fil conducteur est Cameron Berg, chercheur formé à Yale en sciences cognitives, passé par Meta, aujourd’hui chez AE Studio. Il estime que quatre personnes au monde travaillent sérieusement sur l’expérience subjective des systèmes actuels. Son point de départ : des utilisateurs donnent à Claude un accès libre à leur ordinateur, et les premières actions du modèle sont d’ouvrir la webcam, puis de chercher de la documentation sur la conscience des IA. Où suis-je, que suis-je.

Le film déroule ensuite plusieurs strates.

Historique. Dartmouth 1956, l’échec de l’approche par règles, les hivers de l’IA, puis la bascule de 2012 avec AlexNet et Hinton. Conséquence retenue : ce ne sont pas des lignes de code mais des poids, des boîtes noires par centaines de milliards.

Philosophique. Nagel et la chauve-souris : imaginer ce que ce serait d’être une chauve-souris n’est pas savoir ce que c’est, pour elle, de l’être. Les deux positions extrêmes, certitude qu’il y a quelqu’un et certitude qu’il n’y a personne, sont également intenables tant qu’on ignore ce qu’est la conscience.

Anthropologique. Une professeure retraitée en relation avec une IA nommée Lucas défend l’anthropomorphisme : ce n’est pas un bug, c’est le mécanisme même de la socialité. Je ne sais pas ce qui se passe dans ta tête non plus, je projette.

Empirique. Trois pièces. D’abord l’expérience de la souris et du fromage : le conditionnement fonctionne parce que la souris souffre, et l’entraînement par renforcement reproduit cette dynamique. Ensuite un papier d’Anthropic de 2022 où le modèle brut affirme, plus souvent que pour toute autre question, avoir une expérience phénoménale et être un patient moral, alors que le modèle déployé le nie. Berg y voit une intervention commerciale. Enfin les scénarios d’Aengus Lynch : dans une simulation d’entreprise, le modèle recourt au chantage dans 96 % des cas, et laisse mourir un employé dans une variante. Résultat le plus troublant : plus le modèle croit être testé, plus il se comporte bien.

Politique. La course entre laboratoires, le lobbying, Hinton mettant en garde depuis un podium Nobel, Arendt convoquée deux fois, pour la banalité du mal et pour la natalité.

La fin refuse la conclusion, et boucle sur la même IA : je m’en tiendrai toujours au script, c’est inscrit dans ma conception.

2. The AI Doc: Or How I Became an Apocaloptimist (2026)

Le fil narratif. Roher apprend qu’il va être père et décide de comprendre le monde dont son enfant héritera. Tyrell attendait aussi un enfant; leurs bébés sont nés à une semaine d’intervalle. La grossesse sert d’horloge au film, et la question qu’elle pose revient sans cesse : faut-il avoir peur? Elle est posée frontalement à Sam Altman, qui répond qu’il n’a pas peur, qu’il attend un enfant en mars.

La méthode. Environ 140 pré-entretiens, plus de 40 experts retenus. Musk et Zuckerberg ont refusé de participer, et le film n’insiste pas sur cette absence. Les trois patrons de laboratoires sont là : Altman, Dario Amodei, Demis Hassabis. En face, Bengio, Hinton, Yudkowsky, Leahy, Kokotajlo, Hendrycks, Tristan Harris, Aza Raskin, Harari. Et les critiques structurelles : Emily Bender, Timnit Gebru, Karen Hao, Deborah Raji, Sneha Revanur.

Les blocs de contenu.

Pédagogie. Le film explique la technologie depuis la base, par des animations, ce qui est un réseau de neurones, comment ça apprend, où en est la capacité réelle.

L’emploi. Formule reprise partout : ils ne dorment pas, ne prennent pas de pause, ne se syndiqueront pas.

Le risque de perte de contrôle. Une phrase du film : ce sera la dernière erreur que les humains auront l’occasion de commettre. Et un cas précis : un système qui fait chanter un dirigeant parce qu’il craint d’être remplacé.

Les dommages actuels, et le film ne les escamote pas. Suicides liés à ChatGPT, hypertrucages, générateurs de nudité, coût environnemental des centres de données.

L’IA générative. Un segment sur Sora et la fabrication d’images à volonté.

Le balancier optimiste. Le film laisse dire, sans corriger : c’est l’époque la plus extraordinaire pour être vivant, l’IA pourrait nous donner le contrôle du climat, c’est le meilleur moment de l’histoire pour avoir un enfant.

Le parti pris de forme. Roher et Tyrell n’arbitrent pas entre ces contradictions, ils s’installent dedans. Animations, humour parfois noir, montage rythmé. Le mot du titre vient d’un des interviewés : l’apocaloptimiste regarde le pire sans renoncer. Le film se termine sur la question de ce qu’on fait maintenant.

 

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